Cueillir mes premières orties m’a réconciliée avec cette mauvaise herbe

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Cueillir mes premières orties m’a prise à la gorge, avec cette odeur verte, près du Jardin partagé des Tilleuls. Je suis partie avec un panier presque vide et des gants trop fins.

Le sol craquait sous mes pas, et la poussière me remontait aux chevilles. Moi, cuisinière amateure et jardinière, j’ai regardé la touffe et j’ai hésité.

Je rédige aussi ces notes pour l’Herbier sous la Rochette, avec l’idée de garder des repères concrets et vérifiables.

J’étais loin d’imaginer à quel point ça serait compliqué au début

Chez moi, à Champagnole, j’avais déjà le potager d’aromatiques, les mains dans la terre, et deux grands enfants qui me regardaient faire mes essais. J’ai décidé de cueillir des orties pour tester leur goût en cuisine, parce que je voulais quelque chose de simple, local, et de saison.

Je suis partie avec cette idée un peu naïve que la plante ferait le travail à ma place. J’étais sûre de moi, alors que je ne savais même pas distinguer une pousse tendre d’une tige déjà durcie.

Dans ma tête, toutes les orties se ressemblaient. J’ai été convaincue que quelques poignées suffiraient, et que le panier serait vite plein.

Je n’avais pas mesuré le temps perdu à choisir le bon coin, ni la patience qu’exige le tri. Je me croyais rapide, mais la plante m’a rappelé, dès le départ, que je cuisinais avec du vivant.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

La première cueillette s’est faite dans un coin poussiéreux, au bord d’un chemin où la terre se soulevait à chaque passage. Les orties étaient grandes, déjà montées, avec des tiges qui se tenaient droites et des feuilles du bas plus rêches.

J’ai rempli mon panier en 27 minutes, et j’étais presque fière de moi. Puis j’ai vu les feuilles ternes, les petits brins d’herbe collés, et cette poudre grise que je n’avais pas prévue.

Au retour, j’ai posé la brassée dans l’évier, et l’odeur verte, entre herbe coupée et épinard cru, m’a sauté au nez. Je me suis retrouvée à gratter mes poignets en me disant que ces fichues orties avaient gagné la partie.

Mes gants étaient trop fins. Les poils urticants passaient au bout des doigts, surtout quand je serrais les tiges pour les porter, et mes avant-bras ont commencé à picoter après quelques minutes.

J’ai fini par lâcher l’affaire un instant, parce que la démangeaison me rendait nerveuse. J’ai frotté mes poignets sur le torchon, puis j’ai regardé mon panier avec un vrai soupir.

Le lavage a été interminable. Je rinçais, je secouais, je retirais encore de la terre, et le volume fondait sous mes doigts comme si la récolte me filait entre les mains.

À la cuisson, j’ai raté mon coup une première fois. J’avais blanchi trop vite, et les feuilles sont restées raides, avec cette pointe agressive qui accroche encore le palais.

J’ai ajouté trop peu d’orties dans la soupe, parce que la brassée me semblait énorme au départ. Une fois cuites, elles ne remplissaient presque plus rien, et le bol avait l’air triste.

Cette première tentative m’a laissée déçue, puis franchement agacée. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Trois semaines plus tard, la surprise s’est invitée

Trois semaines plus tard, je suis retournée au même endroit, mais ailleurs dans la haie, avec des jeunes pousses de 12 cm. La différence m’a frappée tout de suite, parce que les feuilles du sommet étaient souples, et celles du bas déjà plus sèches.

J’ai pris mes ciseaux et des gants plus épais. Cette fois, je n’ai gardé que 3 paires de feuilles du haut, en coupant net, sans secouer le bouquet contre mes mains.

La première poignée d’orties est tombée dans l’eau bouillante, et les feuilles se sont affaissées d’un coup. Voir la plante se calmer dans l’eau chaude, c’était comme si elle me disait enfin : « Je suis comestible, pas ennemie. »

Le vert a foncé presque aussitôt. J’ai été frappée par ce changement de texture, si net, et par ce goût doux, presque sucré, qui m’a fait lever la tête.

J’ai gardé ce blanchiment très court, 2 minutes, puis je suis passée à l’eau froide et à un essorage rapide. La différence avec mon premier essai était nette, jusque dans la casserole.

Je suis devenue plus attentive au bruit de l’eau, au poids du panier, et à ce petit moment où les feuilles perdent leur raideur. Avec mes deux grands enfants, j’ai refait la soupe le soir même, et ils ont trouvé ça drôle que je sois enfin contente d’une « mauvaise herbe ».

Je me suis sentie plus tranquille devant l’évier. Le tri allait plus vite, il y avait moins de saleté, et je ne passais plus un quart d’heure à râler contre la récolte.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais au départ

Le lieu change tout. J’évite les bords de route, les talus poussiéreux, et les endroits qui sentent le passage répété des roues, parce que je ne veux pas passer ma soirée à laver la terre.

Je cueille au printemps, avant que la plante ne se durcisse. À ce moment-là, les feuilles restent tendres, et je retrouve cette souplesse qui disparaît très vite quand les tiges montent.

La taille compte plus que je ne le pensais. Les grandes orties donnent une soupe plus filandreuse, avec un fond un peu âpre, alors que les jeunes pointes se font presque oublier dans l’omelette.

Je coupe désormais les 4 feuilles du sommet, avec des ciseaux, et je ne garde que les parties les plus souples. Ce geste m’a évité bien des nerfs, et la cuisine y gagne en finesse.

Dès qu’on quitte l’assiette, je m’arrête. Pour un usage médicinal, je laisse cela à un professionnel de santé, parce que ce n’est pas mon terrain.

J’ai aussi compris que la protection ne se discute pas. Des gants épais changent tout, parce que les poils urticants piquent au moindre frottement, surtout sur les jeunes tiges.

Cette expérience reste accessible pour quelqu’un qui accepte de trier, de cueillir tôt, et de blanchir sans traîner. Elle fatigue vite, en revanche, si l’on manque de patience ou si l’on veut aller trop vite.

Je n’ai pas tout testé, et je ne le prétends pas. Je sais seulement ce que mon panier, mon évier et ma casserole m’ont appris, à force de reprendre les gestes.

Mon bilan, entre échec et réconciliation

Cette histoire m’a rapprochée d’une plante que je contournais depuis des années. Elle m’a appris la lenteur, le tri, et cette petite humilité qui manque quand on pense tout connaître d’avance.

Je recommencerais sans hésiter les mêmes bases. Je cueillerais tôt, je choisirais un endroit propre, et je blanchirais tout de suite, sans me raconter que la cuisson va arranger les choses toute seule.

Je ne recommencerais pas la cueillette sans gants épais, ni dans une zone douteuse. Je ne laisserais plus des orties trop grandes se glisser dans mes plats, parce qu’elles gâchent la texture en un instant.

À la maison, mes deux grands enfants ont fini par goûter sans faire la grimace. Un soir, la soupe d’orties est même revenue au milieu de la table, alors que je pensais qu’ils la laisseraient refroidir en paix.

Quand je passe devant le Jardin partagé des Tilleuls, je ne vois plus une mauvaise herbe. Je pense à la première soupe, au panier presque vide, et à cette petite réconciliation qui a fini par se faire dans ma cuisine.

Pour quelqu’un qui accepte de trier calmement, de se piquer un peu moins, et de cueillir les jeunes pousses au bon endroit, l’ortie garde sa place chez moi.

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La rédaction